Mois Année
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"Découvrons la Galilée
avec Mozart"
Mars 2022

Acte III

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Au début du troisième acte, le Comte n’a toujours rien compris aux événements de la matinée qu’il ressasse : « Un billet anonyme... la camériste enfermée dans un cabinet... ma femme troublée... un homme qui saute du balcon... un autre qui s’accuse d’être celui qui a sauté...Je ne sais que penser ».  En revanche, il n’a pas encore abandonné l’espoir de séduire Susanna. Obéissant à la Comtesse, elle feint d’accepter le rendez-vous que le Comte lui a fixé pour le soir dans le jardin. Le Comte est ravi, le duo « Crudel, perché finora » révèle l’ardeur des sentiments du Comte « Cruelle ! pourquoi m’as-tu fait languir jusqu’à présent » en contraste avec le détachement de Susanna « les femmes ont besoin de temps pour dire oui ».
 
En quittant le Comte, Suzanne croise Figaro et lui affirme, un peu trop fort, qu’il a gagné son procès. Mais le Comte a entendu et son désir de vengeance repart de plus belle : « J’allais donner dans le piège ! perfides ! Je vous punirai de votre insolence. Le jugement sera rendu selon mon bon plaisir... Insolent (Figaro) tu n’es pas venu au monde pour me tourmenter et rire en plus de mon malheur... Le seul espoir de ma vengeance me remplit de joie » (Air et récitatif « Vedro mentr’io sospiro, felice un servo moi ? »).
 
On y est, le procès de Figaro est introduit, le juge Don Curzio le condamne à payer sa dette ou à épouser Marcellina. Mais Figaro peut-il se marier sans le consentement de ses parents argumente-t-il ! Mais d’ailleurs où sont-ils ? Qui sont-ils ? Serait-ce un enfant trouvé demande Bartholo ?
Surprise ! Coup de théâtre ! On découvre, à la stupéfaction de tous que Figaro est le fils de Marcellina et de Bartholo. Bien évidemment : lui, son père ; elle sa mère ...  le mariage est impossible ! Tout le monde s’embrasse « Doux bonheur que cet instant » sauf le Comte dépité « Cruel moment que cet instant » (Sextuor : « Reconosci in questo amplesso »). Un double mariage se profile : Figaro et Susanna d’une part ... Bartholo et Marcellina qui légaliseront leur union le soir même d’autre part.
 
En attendant le retour de Susanna, la Comtesse se laisse aller à la mélancolie et songe à son bonheur perdu « Où sont allés ces jours de tendresse... » (Aria : « Dove sono »)[1]. Suzanne revient et écrit sous la dictée de la Comtesse un billet destiné au Comte précisant l’heure et le lieu du rendez-vous nocturne « sous les pins du bosquet » (Duo : « Canzonetta sull’aria ... Che suoave zeffiretto »). C’est en réalité la Comtesse qui s’y rendra dans les vêtements de sa camériste.
 
Les festivités de la noce sont sur le point de débuter. Chérubin, mêlé aux filles du village venues offrir des fleurs à la Comtesse, est démasqué par le Comte. Barberina sauve la situation en chantant « Seigneur donnez-moi Cherubino en mariage et le vous aimerai autant que mon petit chat ». La colère du Comte est étouffée par l'arrivée joyeuse du cortège nuptial sur un air de fandango (seul élément espagnol de la partition). Un Chœur éclate à la louange du Comte remercié pour avoir aboli le « droit de Seigneur ».
 
La cérémonie peut commencer ! En recevant son voile de noces, Suzanne remet au Comte le billet dicté par la Comtesse.

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Acte IV

L’action se déploie maintenant dans le jardin du château où foisonnent bosquets et charmilles.
 
Barberina est troublée, suivant les directives du billet, le Comte l’a envoyée porter l'épingle à Suzanne mais la jeune fille l'a perdue « Je l’ai perdue... pauvre de moi » (Cavatine « L’ho perduta »). Figaro taquine Barberina mais cette histoire d’épingle l’inquiète. Susanna n’aurait-elle pas déjà succombé aux assauts du Comte en acceptant ce rendez-vous ? Il confie ses craintes à sa mère Marcellina qui doute de la duplicité de Susanna « seules nous autres pauvres femmes somme toujours traitées avec cruauté par ces hommes perfides » (Aria : « Il capro e la capretta »).
 
S’en suit un dialogue entre Figaro, Bartholo et Basilio qui reconnait que « dans ce monde, se frotter aux grands est toujours dangereux, ... mais pour survivre, les petites gens, peuvent échapper à la honte, aux périls et à la mort ... face à un animal féroce, une peau d’âne peut suffire » (Aria : « In quegl’ anni, in cui val poco »).
 
Figaro est resté seul, il décide de se venger et de confondre les amants sous les yeux de tous « tout est prêt », maudissant la gente féminine « Ah, se fier aux femmes est folie ! Ouvrez vos yeux hommes imprudents et sots » (Récitatif et aria : « Tutto e disposto  - Aprite un po’quegl’occhi »).
 
A l’approche de la Comtesse et de Susanna (qui ont échangé leurs vêtements) Figaro se cache pour les écouter. Suzanne, qui a été prévenue par Marcelina, veut également jouer un tour à Figaro qui ose douter de sa fidélité. « Le fripon est en sentinelle divertissons nous, faisons-lui payer ses soupçons », elle chante son espoir de retrouver son bien-aimé « Le moment est venu d’être heureuse dans les bras de celui que j’aime » (Air « Giunse alfin il momento...Deh vieni, non tardar »)[2],
Le rendez-vous approche, la comédie des fausses identités peut commencer. La nuit est propice aux quiproquos : Cherubino entreprend de séduire celle qu’il croit être Susanna mais qui est en réalité la Comtesse.  La fausse Susanna lui résiste. Cherubino tente un baiser qui est reçu par le Comte venu s’interposer. Les gifles pleuvent, Cherubino décampe laissant le Comte seul avec sa fausse Susanna. C’est au Comte maintenant de courtiser la fausse Susanna et de lui offrir en gage d’amour une superbe bague.
Le Comte s’enfuit et c’est autour de Susanna sous les habits de la Comtesse de tenter de séduire Figaro. Figaro est ivre de colère mais ayant reconnu la voix de Suzanna comprend la ruse et, après être entré dans son jeu en devenant de plus en plus entreprenant, lui avoue l'avoir reconnue. Les jeunes mariés font la paix et se lancent dans une grande scène d’amour « Courons mon amour et que le plaisir compense la peine ! ».
Mais Suzanna est toujours dans les habits de la Comtesse et le Comte croyant voir son épouse adultère dans les bras d’un galant surgit d’un buisson et appelle ses gens, bien décidé à châtier les coupables. Il fait sortir des buissons un à un Cherubina, Barbarina, Marcellina et la présumée coupable.
Les masques tombent à la grande confusion du Comte lorsqu’apparait la véritable Comtesse. Le Comte n’a d’autre solution que d’implorer le pardon de sa femme. Elle accepte ses excuses, les couples se reforment pour le final « Contessa perdono... Questo giorno di tormenti » et l’opéra s’achève dans la réjouissance générale « Ainsi nous sommes tous contents, seul l’amour pouvait conclure cette journée dans la joie et l’allégresse ».

Bonus

Pour la reprise des Noces à Vienne en 1789 « La Ferrarese » cantatrice appelée à tenir le rôle de Susanna obtient de Da Ponte (dont elle est la maîtresse) de lui récrire deux arias des Noces dont le « Deh vieni » de l’acte IV qui sera remplacé par « Al desio » (le récitatif reste inchangé). Comme le souligne Jean Victor HOCQUARD[3] « ces deux arias n’ont rien en commun, même pas les paroles : jamais Suzanna n’aurait eu ce cri passionné sur le mot « moriro ». Il ne saurait donc être question de substituer à la représentation le nouvel air à l’ancien... On peut se demander pourquoi Mozart a récrit ce morceau pour le mettre à la place du Deh vieni de l’Opéra de 1786 ?» Jean Victor Hocquard suggère une raison secrète et personnelle « Mozart pouvait-il sans crève-cœur entendre l’aria si émouvante que lui avait inspiré sa chère Nancy Storace créatrice du rôle chanté par Mme Ferrarese dans cette reprise viennoise de 1789 ».
 
De nos jours, cette aria très « concertante » n’est plus interprétée que comme un grand air de concert qu’il convient de considérer comme un air détaché de tout contexte pour en apprécier les incontestables beautés.[4]

[1] « Dove Sono » est sans doute l’Aria la plus longue et la plus émouvante de l’opéra.

[2] Cette aria a été supprimée pour la reprise de 1789 à Vienne et remplacé par l’aria « Al desio di chi t’adora » cf. Bonus.

[3] Cf. V. Hocquard in « Mozart dans ses airs de concert »

[4] Cf. lien youtube vers l’air chanté en concert par C. Bartoli sous la direction de N. Harnoncourt.