Mois Année
"Découvrons la Galilée
avec Mozart"
Janvier 2021

MOZART - Pour l’égalité Hommes - Femmes
Elles-aussi (#Themtoo) 

Cecilia Bartoli aurait dit que Mozart, comme nul autre, a compris tous les rôles correspondant à tous les états féminins possibles[1]. Ainsi que nous l’avons écrit dans notre lettre précédente[2] Mozart était partisan de l’égalité des sexes.
Pour cette lettre, nous avons repris de Florence Badol-Bertrand[3], sa note de présentation sur l’évolution des portraits de femmes dans les opéras de Mozart, comme un avant-goût de l’exposé qu’elle fera dans le cadre du symposium musical[4] en marge et dans le prolongement de notre Festival 2022

 

[1] Propos rapportés par Ph. Sollers - Mystérieux Mozart.

[2] Cf. NL 4 - 1791, la Flûte enchantée opéra maçonnique - mythe ou réalité ?

[3] Docteur en musicologie Florence Badol-Bertrand enseigne l’histoire de la musique au CNSMDP et à Sciences-po-Paris. Elle collabore en permanence avec les interprètes : Accentus, Insula Orchestra, Orchestre de Lyon, Concert de la Loge, Emmanuelle Bertrand…

[4] Mozart et la modernité.

*

Ariana, Peneloppe, Didone, Armida, Medea...
Depuis ses origines l'opéra met en scène des femmes abandonnées ou trahies conduisant à une des expressions musicales les plus attendues du public : le Lamento - passage convenu de chaque opéra baroque. Nous citerons à titre d’exemple le « Lamento d'Ariana » (abandonnée par Thésée à Naxos) composé par Monteverdi[5] ou celui de Didon « When I am laid in Earth » (abandonnée par Enée à Carthage) composé par Purcell. 

 

[5] Le Lamento d'Arianna fut sans conteste la pièce la plus célèbre de Monteverdi de son vivant : le compositeur le considérait comme la seule pièce digne à laisser à la postérité,

Au siècle des Lumières, c'est l'opéra buffa qui héberge cette expression musicale créant une égalité sociale fédératrice entre toutes : femmes du peuple, servantes abusées par leur patron, ou aristocrates, condamnées à se travestir pour survivre. 
 
De par les livrets qu'il utilise, Mozart hérite de la thématique qu'il traite au début de sa carrière comme ses contemporains. Ainsi, la Comtesse Violante, battue par le Comte Belfiore, jaloux qui la laisse pour morte, se déguise en jardinière pour mieux le reconquérir et ne peut que pleurer le pauvre sort des femmes : « Noi Donne poverine » (La Finta Giardiniera). Mozart a alors 19 ans et il n'est pas encore lui-même réellement tombé amoureux. 

Mais avec le temps, il campe des femmes de plus en plus volontaires et autonomes, en mesure d'assumer la rupture, de jouir de leur liberté et de célébrer l'amour. Si Barberine, la plus jeune, dans Les Noces de Figaro, se plaint encore d'avoir été trahie, si Marceline, la plus âgée, reconnait l'omnipotence des hommes sur les femmes comme un usage[6]...

 

[6] « ... Les fauves les plus féroces... laissent leurs compagnes en paix et en liberté, seules nous autres pauvres femmes, qui aimons tant ces hommes, sommes toujours traitées avec cruauté par ces perfides ». (Cf. Aria : « Il capro et la capretta »)

... Suzanna et la Comtesse sont, elles, en mesure d'organiser la révolution de velours et d'obtenir le respect sans rien retrancher de leur féminité[7].

 

[7] Cf. Aria de Suzanna « Deh vieni, non tardar ».

Trahie elle aussi, Donna Elvira, l'épouse officielle de Don Giovanni, partagée entre la colère vengeresse et la pitié, choisira de renoncer [8].

 

[8] Cf. Aria de Donna Elvira « Mi tradi quell’alma ingrata ».

Dorabella et Fiordiligi, les deux soeurs dupées de Cosi fan tutte peuvent choisir elles-mêmes leur fiancé[9]. Et dans La Flûte enchantée, c’est Pamina, qui a traversé et surmonté les épreuves les plus douloureuses de sa vie, qui est en mesure de prendre son compagnon Tamino par la main pour lui servir de guide.

 

[9] Cf. Duo Dorabella & Fiordiligi « Prendero quel brunetto »

L'empathie de Mozart pour les femmes est totale, ce qui n'est pas courant à son époque. Il est vrai que son métier lui a particulièrement montré que les virtuoses sont tout aussi bien des hommes que des femmes ; chanteuses, pianistes... sont égaux devant la partition à interpréter donc devant le livre blanc de la vie.
 
Ses personnages féminins gagnent donc en force et en caractère au fil de ses opéras et il lègue à Beethoven (Leonore/Fidelio) et à Gounod (Marguerite dans Faust), la figure de l'Eternel féminin (Goethe) : posture féminine romantique qui génère elle-même les femmes actrices de leur destin de #me too (moi aussi).

*

Septembre 1791, est l’année de la création de la Flûte enchantée.
 
Ainsi que le rappelle Florence Badol-Bertrand[10], c’est également en septembre 1791 qu’Olympe de Gouges rédige et diffuse une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne qui reprend tous les articles de la Déclaration des Droits de l’Homme, en rajoutant quand il le faut femme, ou citoyenne, ou en détournant un peu le texte primitif.
Ainsi, dans son préambule adressé à la Reine Marie-Antoinette elle donne le ton : « (...) considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements (...) [le peuple] résout d’exposer dans une déclaration solennelle les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ».
L’article X dispose « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes fondamentales. La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». L’article XIII : « pour l’entretien de la force publique et pour les dépenses d’administration, les contributions des deux sexes sont égales. [La femme] a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, emplois, charges, dignités et industrie »[11].

 

[10] Cf. Mozart ou la Vie - chez Seguier Archimbaud - Juin 2006

[11] Cf. Le 3 novembre 1793 : Olympe de Gouges est guillotinée sur ordre du Tribunal révolutionnaire article repris d’après le Bulletin de la Société archéologique de Touraine paru en 2009 

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