Mois Année
"Découvrons la Galilée
avec Mozart"
Septembre 2020

Mozart : Le religieux "autrement"

I - 1784, le tournant franc-maçon
 
Le 14 décembre 1784, (entre le quatrième et les cinquième et sixième Quatuors) Mozart accomplit un acte qui revêt pour lui la plus haute importance : il adhère avec enthousiasme à la Franc-Maçonnerie et se fait initier au grade d’Apprenti dans la Loge viennoise « Zur Wohlthätigkeit » (La Bienfaisance). Il y entrainera ses deux pères : Léopold, initié au grade d’apprenti en mars, reçu compagnon le 16 avril 1785 après que « Papa Haydn » ait été lui-même initié le 11 février.
 
Cette adhésion n’est pas le fruit d’une impulsion irréfléchie. Mozart a été très tôt en contact avec des membres de l’Ordre Maçonnique. Lui qui est passé par les capitales de l’Europe des Lumières est sensible aux idées rationalistes, à la tolérance religieuse et à la fraternité.
 
Entre 1772 et 1774 il aurait composé son premier chant maçonnique, un hymne de fête pour la Loge de Saint-Jean « O heiliges Band » (K.148). Fin 1777 il fait la connaissance de Theobald Marchand, l’un des fondateurs de la loge de Mannheim et d’Otto von Gemmingen[1] un autre franc-maçon de cette ville qui installe à Vienne le 11 fevrier 1783 la loge de « La Bienfaisance » et invite Mozart à s’y joindre. Mozart envoie en novembre 1784 sa lettre de candidature.

L’esprit de la Franc-Maçonnerie était donc très proche de lui depuis longtemps... mais à la façon dont l’esprit d’une religion peut être très proche de la pensée d’un homme dans les mois et les années qui précèdent sa conversion. Ce sont les œuvres des sept dernières années de sa vie qui témoigneront des fruits de cette « conversion », de la profondeur et de l’intensité de sa vie de Maçon. Sa vie elle-même, n’en a-t-elle rien reflété ? Le soin avec lequel sa correspondance est escamotée en grande partie depuis décembre 1784 suggère le contraire. La malhonnêteté ou la sottise des témoins a certainement fait disparaître des documents[2], mais si la biographie avoue son impuissance relative il faut alors se reporter aux documents qui demeurent, sa musique et notamment « La flûte enchantée / Die Zaubeflöte » (cf. prochain
épisode) 
 
Son ascension est rapide mais nullement exceptionnelle pour l’époque. Il est promu au grade de compagnon de la Loge « Zur wahren Eintracht » (La vraie Concorde) le 7 janvier 1785 et est élevé au grade de maître avant le 22 avril de la même année. Cette loge est fondée au moment où Mozart s’installe à Vienne alors que l’empereur Joseph commence tout juste à mettre en œuvre son programme de réformes inspirées par la philosophie des lumières.
 
Le 4 décembre 1791, « à minuit, Mozart se dressa sur son lit, les yeux fixes, puis il pencha sa tête contre le mur et parut se rendormir »[3]. Le 5 décembre à 0h55, la misère avec son cortège de privations, d’angoisses et de surmenage a fini son œuvre. A trente-cinq ans, dix mois et huit jours le cœur de Mozart a cessé de vibrer. L’acte de décès porte : « fièvre militaire aiguë ». La mise en bière a lieu selon le rituel maçonnique (manteau noir à capuche).
 
Les Francs-Maçons de Vienne réalisent dans leur ensemble la perte qu’ils viennent de faire. Lors d’une réunion de « Zur Neugekrönten Hoffnung » la loge de l’Espérance nouvelle couronnée, le Grand-Maître de la Loge prononce l’éloge funèbre de Mozart : « Il a plu à l’Architecte éternel de l’univers d’arracher à notre chaîne fraternelle l’un de nos membres les plus aimés et les plus méritants. Qui ne l’a connu ? Qui ne l’a estimé ? Qui ne l’a aimé, notre digne frère Mozart ? ... La mort prématurée de Mozart demeure pour l’art une perte irréparable ... L’équité exige de rappeler à notre mémoire son habileté pour l’art ; tout autant ne devons-nous pas oublier d’apporter une légitime offrande à son excellent cœur ... Il était bon époux, bon père, ami de ses amis, frère de ses frères, et la fortune lui manquait seule pour en rendre heureux des
centaines selon le vœu de son cœur
 ».
 
La controverse sur les derniers moments de Mozart semble dépourvue d’intérêt note Philippe Sollers :
« D’après Sophie Haibel[4], des prêtres auraient refusé de venir l’assister (mauvaise réputation, maçonnerie, etc.). Religieux, pas religieux ? La question n’a pas grand sens. Religieux autrement c’est certain. Il suffit d’écouter ce qu’il a écrit du Requiem : personne n’a jamais fait mieux dans les siècles des siècles »
 
Mais il faut reconnaitre que Mozart lui-même, durant ces 7 dernières années de vie, s’est détourné de la musique d’église au profit de la musique franc-maçonnique. En dehors de l’Ave verum corpus (K. 618 Baden Juin 1791) et des parties du Requiem qu’il a composées, la dernière œuvre religieuse de Mozart est la Messe en Ut mineur (K. 427) composée de 1782 à 1783. Depuis 8 ans, Mozart n’a plus écrit de musique d’église. Cela ne signifie en rien qu’il n’exprime pas des sentiments religieux quand il compose de la musique religieuse... Il a gardé au fond de lui des fibres qui demeurent accordées à la sensibilité religieuse...
Il ne les a pas crues incompatibles avec le reste de lui-même ni surtout avec ses convictions maçonniques.

Quant à la composition de « son » Requiem, Mozart va sans cesse repousser le travail sur cette commande, pourtant bien payée. C’est vers la fin juillet 1791, à peu près au moment où il inscrit un peu prématurément sur son catalogue la partition presque achevée de la Flûte, que Mozart reçoit d’une manière étrange et mystérieuse la commande de la composition d’une Messe des Morts.  
 
Comme l’écrivent Jean et Brigitte Massin « au lendemain de la Flûte, Mozart ne s’est pas rué à l’achèvement du Requiem ». Au contraire, après la composition de l’Introït, du Kyrie et une ébauche du Dies Irae, il interrompt ce travail pour se plonger autour du 15 août dans l’écriture d’un opéra commandé en urgence et destiné à fêter le couronnement de Leopold II comme roi de Bohême.[5]
 
Viendront alors couronner l’œuvre de sa vie d’abord le 7 Octobre 1791 son sublime Concerto en la majeur destiné à son ami, interprète virtuose et frère maçon Anton Stadler ainsi qu’à la clarinette de basset en la que ce dernier a co-inventée[6].

Puis, le 15 novembre 1791, 20 jours avant son décès, déjà fortement affaibli par la maladie, il achève sa Cantate maçonnique en ut majeur au titre évocateur « Das lob der freundschaft » (K. 623) « L’éloge de l’amitié » qu’il a composée avec un lied en Fa majeur (K. 623a) « Lasst uns mit geschlungen haenden » (Enlaçons nos mains) chant d’adieu que Mozart fait chanter à ses frères et qui s’achève par ces mots :
« Vénérer la vertu et l’humanité, apprendre l’amour de soi et d’autrui, que ce soit toujours le premier devoir. Alors, et non seulement à l’Orient et au Couchant, mais aussi au Sud et au Nord, ruissellera la lumière ».
 
C’est donc vraiment sur ces deux compositions maçonniques que son œuvre entière prend fin, et le titre seul de la cantate K. 623 prend de ce fait une signification qu’affadirait tout commentaire.

Amadeus, aimé de Dieu..., mais aussi aimé des Maçons... Religieux autrement... !

[1] Le baron Otto H. von Gemmingen a été le traducteur en Allemagne des œuvres de JJ. Rousseau

[2] J & B Massin suggèrent que la virulence des ennemis, et des calomniateurs de Mozart vers la fin de sa vie auraient poussé les témoins, amis, et peut-être même Constance à détruire une partie de sa correspondance maçonnique et d’autres documents jugés compromettants.

[3] D’après Joseph Deiner : ami de Mozart, premier des fidèles....

[4] Sophie Haibel (née Weber) sœur de Constance Weber épouse de Mozart

[5] « La Clemenza di Tito » représentée le 6 septembre 1791.

[6] Anton Stadler est un clarinettiste particulièrement réputé. C’est pour la clarinette de basset que Mozart compose son Quintette K.581 et le Concerto K.622 ainsi que les solos de clarinette et de cor de basset dans « La Clemenza di Tito ». La clarinette de basset, le cor de basset et les solennels trombones sont des instruments à vent privilégiés dans les orchestrations de pièces maçonniques.

Repères :
 
Le 10 janvier 1785 il achève le Quatuor en la majeur (K. 464) dont l’andante se réfère au rituel de réception.
Le 14 janvier 1785 il achève le Quatuor en Ut majeur (K. 465) « Les dissonances » qui se rapporte à sa promotion au deuxième grade (compagnon). https://www.youtube.com/watch?v=qlLsrh38Jq8
Le 9 mars 1785 il achève le concerto n° 21 pour piano en ut majeur (K. 467) dont la très belle andante fait allusion au troisième grade (Maître). https://www.youtube.com/watch?v=O7335XDZQP0
Le 26 mars il achève le Lied « Gesellen Reise » (K. 468) probablement en rapport avec la candidature de son père.
Le 20 avril, il achève la cantate pour ténor, chœur d’hommes et orchestre « Die Maurerfreude » (K. 471) « La joie du Maçon ». https://www.youtube.com/watch?v=I6u_lunZzXY
En Juillet, il compose la Musique de maîtrise (K. 477) pour chœur d’hommes et orchestre.
Le 11 décembre l’Empereur ordonne la fusion des huit loges de Vienne.
En janvier 1786 Mozart met deux poèmes en musique le premier célébrant la bienveillance de Joseph II, le second est à la louange des dignitaires de la nouvelle Loge : « L’espérance nouvellement couronnée ». Il compose deux adagios pour son inauguration dont l’adagio en Sib (K. 411) qui exprime à la fois l’engagement de tout l’être intime de Mozart dans les mystères maçonniques... https://www.youtube.com/watch?v=-fCORYFJ-yg
Le 28 septembre 1791 Mozart achève Die Zauberflöte dont il dirige la première le 30 septembre au théâtre de Schikaneder.
Le 7 Octobre 1791 il achève le Concerto en la majeur pour clarinette. https://www.youtube.com/watch?v=o_gm0NCabPs
Le 15 novembre 1791 Il achève sa Cantate maçonnique en ut majeur « Das lob der freundschaft » (K. 623) « L’éloge de l’amitié » avec un lied en Fa majeur (K. 623a) en guise de clôture « Enlaçons nos mains ».
https://www.youtube.com/watch?v=Y8Lsr0-L7ZU
https://www.youtube.com/watch?v=Oa55EHwSnKE
 
Références Biographiques : La plupart des textes utilisés ont été repris de :
Jean et Brigitte Massin, Mozart 1958 - CFL.
Philippe Sollers, Mystérieux Mozart 2001 - Plon.
Philippe A. Autexier (historien de la musique) pour le Dictionnaire Mozart - Lattes - réunissant des articles de plusieurs auteurs sous la direction de H.C. Robbins Landon.
Jean-Victor Hocquard, Mozart 1958 - Seuil.   

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